Selon certains, les Kurdes pourraient contribuer à la fin du régime iranien. Mais ils souhaitent des garanties.
L’invité-24Heures, Ihsan Kurt– Président d’AFKIV
Depuis l’intervention militaire israélo-américaine en Iran, les regards se tournent vers les Kurdes. Ayant récemment déclaré leur alliance, six organisations armées kurdes d’Iran pourraient tenter de profiter des opérations aériennes pour contribuer au renversement du régime. Mais l’abandon récent de leurs alliés occidentaux en Syrie les rend prudents.
Restant des forces organisées incontournables, comme ce fut le cas lors de la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003, en Irak, mais aussi dans la lutte contre Daech et plus récemment dans la guerre en Syrie, les Kurdes d’Iran, tout en nourrissant l’espoir d’une autonomie, n’ont pas la volonté de devenir de simples figurants d’une guerre par procuration. Certes, luttant déjà depuis les années 40 face au régime du shah Pahlavi, puis contre celui des ayatollahs, ils souhaitent plutôt obtenir des garanties concrètes et légitimes face au régime iranien.
Donald Trump, présenté comme «l’allié des Kurdes en Syrie contre Daech», demande aux dirigeants kurdes iraniens de se tenir prêts à participer à une opération terrestre. Cette information n’a pas tardé à provoquer des réponses menaçantes de la part des régimes de Téhéran et d’Ankara.
Cependant, il est évident que, dans le cas d’un véritable projet de destitution du régime, une opération militaire terrestre serait nécessaire et, pour cela, les armées américano-israéliennes auront besoin d’alliés connaissant bien le terrain, notamment les Kurdes et les Baloutches. Basées notamment dans les zones frontalières entre la Turquie, l’Iran et l’Irak, ces forces, qui entendent représenter une minorité d’environ 10 millions de personnes en Iran, sont perçues comme les seuls acteurs susceptibles de constituer une opposition armée structurée contre le régime iranien.
Un prix immense
Néanmoins, une fois encore, la cause kurde apparaît comme un instrument des stratégies des grandes puissances, les Kurdes ont payé un prix immense pour leur cause depuis la chute de l’Empire ottoman en 1923: massacres de grande ampleur en Irak, répressions et exils à travers les différentes régions du Kurdistan.
«C’est toujours l’oppresseur, et non pas l’opprimé qui décide, dicte la forme de la lutte», dixit N. Mandela. Coincés entre régimes autoritaires et alliances internationales, désespérés, mais toujours déterminés à défendre leurs libertés, les Kurdes tentent de profiter des conjonctures politiques pour créer un État-nation ou mettre en place des formes de fédéralisme démocratique et laïque inspirées de modèles occidentaux.
Après l’abandon en Syrie face aux pressions répétées de la Turquie et des monarchies du Golfe, cette nouvelle séquence tragique rappelle une vérité simple: les Kurdes sont un acteur incontournable de la région. Ni la paix ni la stabilité ne seront possibles sans un statut démocratique et fédératif apportant une réponse durable à la question kurde.
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