La «paix» comme outil de puissance

La «paix» comme outil de puissance

Le rapprochement en cours entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) soulève autant d’espoirs que d’interrogations stratégiques. Ce tournant historique s’apparente d’abord à un instrument de politique étrangère néo-ottomane au profit du pouvoir central.

 

Après plus de quarante ans de confrontation armée, l’Etat turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sont engagés dans un processus qui pourrait mettre fin à l’un des conflits les plus longs du Moyen-Orient contemporain. Le désarmement annoncé de la guérilla kurde, les appels du leader historique du PKK, Abdullah Öcalan, et les discussions autour d’un nouveau cadre juridique constituent une rupture. Toutefois, qualifier de «paix» ce processus – officiellement désigné par Ankara comme celui d’une «Turquie sans terrorisme» – risque d’en masquer la véritable portée.

En effet, la question n’est plus seulement celle de la fin militaire du PKK, mais du modèle politique susceptible d’apporter une solution durable à la question kurde. Il s’agit de savoir quelle paix se construit et au profit de qui. Ce qui se dessine ressemble moins à un nouvel équilibre politique qu’à une «paix hégémonique»: la fin du conflit armé permettrait à la Turquie, en crise économique et politique, de consolider sa stabilité intérieure tout en renforçant sa projection militaire régionale.

 

Désarmer sans reconnaître

Le premier paradoxe est d’ordre intérieur. Le processus avance alors que la démocratisation de la Turquie ne progresse pas au même rythme. L’opposition demeure sous forte pression et le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition, traverse d’importantes tensions internes. La simple présence de nombreux partis au Parlement ne suffit pas à faire du système turc une démocratie pluraliste. Quant au parti pro-kurde DEM, il entretient une relation complexe et ambiguë avec le pouvoir islamo-nationaliste et son allié ultranationaliste, le MHP.

Ankara semble poursuivre une double objectif: mettre fin à l’opposition armée du PKK et intégrer politiquement le mouvement kurde dans un système dont l’Etat conserverait la maîtrise. Le pouvoir central évoque le terrorisme du PKK et de la fin de la violence sans, jusqu’à présent, prononcer le mot «Kurde» dans aucun texte officiel. C’est ici que se situe la ligne de partage entre paix démocratique et paix hégémonique: la première transforme les rapports entre les parties, la seconde pacifie le conflit sans modifier le rapport de force initial.

Or aucune véritable procédure de réconciliation n’est engagée pour répondre aux attentes des familles marquées par les disparitions, les morts, les déplacements forcés ou les emprisonnements politiques. Une commission vérité et justice n’est pas à l’ordre du jour. Ankara ne semble pas davantage disposé à reconnaître sa responsabilité dans les violations commises contre les civils.

Le pouvoir poursuit parallèlement un autre agenda, dicté par le projet d’une nouvelle Constitution qui reste tributaire des rapports de force politiques. Recep Tayyip Erdogan et son allié, le leader ultranationaliste Devlet Bahçeli, pourraient chercher à faire d’une pierre deux coups: obtenir la dissolution du PKK, tout en s’appuyant sur une partie de la représentation kurde pour réunir les soutiens nécessaires à une réforme consolidant le système présidentiel et, par extension, leurs pleins pouvoirs.

Les Kurdes se trouvent ainsi dans une position délicate. L’application des mesures adoptées par le Parlement dépendra également des équilibres au sein de l’appareil d’Etat et du Conseil de sécurité nationale, où l’institution militaire conserve une influence importante. Le désarmement peut donc progresser plus rapidement que la reconnaissance politique et les garanties juridiques.

 

De la paix intérieure à la puissance régionale

Le rapprochement entre Ankara et le PKK doit aussi être lu à l’échelle du Moyen-Orient. Une Turquie débarrassée de son principal conflit armé intérieur gagnerait en puissance dans une région marquée par l’instabilité. Pendant des décennies, la question kurde a constitué son principal facteur de vulnérabilité intérieure et a limité sa marge de manœuvre en Syrie et en Irak. Si une partie du mouvement kurde cesse de s’opposer militairement à la Turquie, cette faiblesse historique pourrait devenir un avantage stratégique.

C’est dans ce contexte qu’il faut analyser le discours de Devlet Bahçeli, l’un des principaux architectes du processus, lorsqu’il évoque une «paix turque» dépassant les frontières nationales. Le président Erdogan préfère, quant à lui, parler d’une alliance entre «Turcs et Kurdes». Derrière cette formule apparaît en filigrane la perspective d’un rapprochement à dominante sunnite, susceptible de faire contrepoids à l’influence de l’Iran chiite.

Dans les deux cas transparaît une même ambition: faire de la Turquie le centre de gravité d’un nouvel ordre régional, porté par une vision que l’on peut qualifier de néo-ottomane. La paix avec le PKK devient ainsi un instrument de politique étrangère et un vecteur de projection de puissance.

Cette évolution ne peut laisser indifférents l’Iran, Israël ou les Etats arabes. Téhéran ne saurait accueillir favorablement un rapprochement durable entre une partie du mouvement kurde et Ankara, surtout s’il renforce un axe régional à dominante sunnite. Israël observe, de son côté, avec inquiétude l’expansion de l’influence turque en Syrie.

Les pays arabes ont également leurs raisons de rester prudents. Présenter la stabilisation de la Syrie et de l’Irak sous le concept de «paix turque» s’avère risqué dans un espace majoritairement arabe, où le souvenir de l’Empire ottoman et la méfiance envers les ambitions turques restent présents. Une Turquie s’appuyant sur un arrangement avec les organisations kurdes liées au PKK pour accroître son influence pourrait susciter de nouvelles résistances.

En Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les forces kurdes liées au Parti de l’union démocratique (PYD), et leur projet utopique de «Rojava» – qu’elles définissent comme «écologiste, féministe et multiculturel» – entrent dans une nouvelle phase. Le processus d’intégration des forces kurdes a déjà commencé. Mais une représentation politique légale ne garantit pas une participation démocratique réelle sans élections libres, institutions pluralistes et garanties constitutionnelles.

Reste alors la question essentielle: que gagnent les Kurdes?

Pour la Turquie, les bénéfices sont considérables: désarmement du PKK, diminution d’une menace intérieure historique, image de puissance stabilisatrice et accroissement de sa capacité d’action en Syrie. A cela pourrait s’ajouter la marginalisation du PKK comme organisation politico-militaire autonome, mais aussi celle d’organisations de femmes kurdes ayant acquis une importante sympathie internationale dans la lutte contre Daech.

Le processus revêt également une dimension électorale. Des élections anticipées à l’automne 2027 permettraient au pouvoir de présenter la «Turquie sans terrorisme» comme une réussite historique et de rechercher le soutien d’une partie de l’électorat kurde, qui représente environ 15% du corps électoral.

En Irak, les attaques répétées contre le territoire de la Région du Kurdistan rappellent la vulnérabilité des acquis politiques kurdes et la fragilité des équilibres régionaux.

Une contradiction fondamentale apparaît donc: les bénéfices géopolitiques de la paix peuvent être immédiats pour Ankara, tandis que ses profits politiques restent hypothétiques pour les Kurdes. Si la Turquie les considère comme des partenaires, elle devra garantir leurs droits politiques et culturels et démocratiser sa relation avec ses propres citoyens kurdes.

 

Faire la paix sans faire justice?

Le processus engagé avec le PKK demeure profondément ambigu. Il repose en grande partie sur Abdullah Öcalan, érigé en «négociateur unique» alors qu’il reste prisonnier de l’Etat turc. Cette position paradoxale pose la question des rapports de force dans lesquels se négocie la paix. Une sortie du conflit armé se dessine alors même que l’Etat turc poursuit son évolution autoritaire. Or la cessation de la violence ne suffit pas à construire une paix durable.

Celle-ci suppose aussi une confrontation avec les violences des années 1990: disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires, villages détruits, déplacements de populations et violations des droits fondamentaux. Plusieurs chercheurs et acteurs de la société civile avancent trois exigences: poursuivre les responsables de crimes graves, créer une commission vérité et obtenir une reconnaissance officielle des responsabilités de l’Etat. Sans justice ni mémoire, la pacification risque de refermer le conflit sans en traiter les causes.

Après quarante ans de guerre, la question n’est donc plus seulement de savoir si Ankara fera la paix avec le PKK, mais ce qu’elle entend faire de cette paix. S’agit-il de construire une solution politique à la question kurde ou d’intégrer des forces aguerries par plusieurs décennies de guerre asymétrique dans la stratégie régionale turque, notamment en Syrie? Une telle instrumentalisation se heurterait à la diversité des acteurs kurdes comme aux rapports de force régionaux.

En somme, sans reconnaissance des droits politiques, linguistiques et culturels des Kurdes et sans garanties constitutionnelles, la paix risque de rester hégémonique: le conflit armé prendra fin sans que le rapport de domination soit véritablement transformé. A l’inverse, une reconnaissance politique et constitutionnelle ouvrirait la voie à une paix démocratique, susceptible de transformer les rapports entre l’Etat et les Kurdes et de contribuer à la paix et à la démocratisation de la région.

 

Ihsan Kurt
Président d’AFKIV (Association pour la promotion du Fonds kurde Ismet Chérif Vanly),

Article paru dans Le Courrier le 30 août 2026

Kurdistan turc : l’islam politique, une menace silencieuse

Kurdistan turc : l’islam politique, une menace silencieuse

Dans un climat de désarroi politique et après plusieurs échecs du mouvement séculier et social, l’islam politique pourrait gagner du terrain dans l’espace politique kurde en Turquie.

Depuis un demi-siècle, le mouvement national kurde se distingue par une orientation largement séculière et sociale. À partir des années 2000, il s’est également nourri d’idéaux féministes, avec une attention particulière portée aux questions de genre. Mais ces dernières années ont été marquées par une série d’impasses stratégiques.

Reculs du mouvement kurde

Les tentatives de guérilla urbaine menées par le PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan, dans plusieurs villes kurdes en 2015 se sont soldées par de lourdes défaites politiques et militaires. Parallèlement, l’expérience politique du Rojava, en Syrie, s’est heurtée à d’importantes contraintes géopolitiques. Dans un contexte marqué par l’abandon partiel de certains alliés occidentaux en Syrie, le mouvement kurde a accumulé revers militaires, reculs idéologiques et incertitudes politiques.

L’horizon s’assombrit encore avec les déclarations ambiguës de son leader Abdullah Öcalan, incarcéré depuis vingt-sept ans, et les pressions visant le DEM Parti, formation laïque pro-kurde représentée au Parlement turc. Si cette force politique devait être dissoute, comme le PKK déjà dissout en mai 2025, un vide important pourrait s’ouvrir dans la représentation politique kurde. Dans cet espace fragilisé, le discours religieux progresse en offrant des réponses simples à des crises complexes. La foi devient un refuge identitaire, tandis que le moralisme religieux et les discours anti-américains et anti-israéliens, souvent formulés sous une rhétorique « anti-impérialiste », sont mobilisés comme instruments politiques.

Le parti Hüda Par, une vision inspirée de la charia

Le cas du parti Hüda Par illustre cette évolution. Représenté pour la première fois en 2023 par quatre députés élus au Parlement turc sur les listes de l’AKP, le Parti de la justice et du développement du président Tayyip Erdoğan, ce mouvement défend une vision politique inspirée de la charia et de l’oumma – l’union des communautés musulmanes – plutôt que d’une identité nationale kurde. Il cherche ainsi à séduire une partie de l’électorat kurde déçu par les orientations séculières et de gauche du mouvement national kurde. En février dernier, l’un de ses députés, Faruk Dinç, demandait au Parlement que les femmes soient soignées uniquement par des femmes et non par des médecins hommes, une interpellation devenue presque ordinaire dans un dit « pays laïc ».

Les origines de Hüda Par remontent à la fin des années 1970. Inspiré par la révolution islamique iranienne, le Hezbollah turc a pris forme en 1979 à Diyarbakir, Kurdistan turc. Malgré les soupçons de financement par l’Iran, l’organisation clandestine « Hizbullah », distincte du mouvement libanais du même nom, mena durant les années 1990 des campagnes d’assassinats et d’enlèvements visant notamment des journalistes et intellectuels kurdes. Devenu incontrôlable, ce réseau fut démantelé par les autorités turques au début des années 2000. En 2012, d’anciens cadres fondèrent le Parti de la cause libre (Hür Dava Partisi), aujourd’hui connu sous le nom de Hüda Par. À la suite d’une amnistie en 2017, plusieurs de ses militants ont été libérés.

Si Hüda Par reste encore marginal : quatre députés au parlement turc, sa progression pourrait annoncer une recomposition plus large du paysage politique kurde et turc à l’approche des élections de 2027. Ankara semble voir dans l’islam politique un possible contrepoids à une tradition politique kurde historiquement marquée par le sécularisme et les revendications sociales, une stratégie qui relève moins du pluralisme idéologique que d’une logique de fragmentation.

Un climat propice aux discours religieux politisés

Dans le même temps, la circulation d’anciens combattants djihadistes revenus de Syrie et les tensions géopolitiques au Moyen-Orient alimentent la radicalisation dans la région. La polarisation régionale, notamment autour de l’Iran, contribue également à renforcer un climat propice aux discours religieux politisés. Si cette dynamique se confirme, ses effets pourraient dépasser la seule Turquie. L’unité interne du mouvement kurde pourrait s’en trouver fragilisée, tandis que les courants progressistes risqueraient de reculer. À l’image de plusieurs pays du Moyen-Orient où, après la révolution iranienne, des mouvements séculiers ou de gauche ont cédé du terrain face aux courants islamistes, l’espace politique kurde pourrait à son tour être confronté à cette mutation, qui changerait les profils socio-politiques des exilés de Turquie vers l’Europe.

 

Ihsan Kurt
Président de l’AFKIV
Spécialiste de la Turquie, expert en migration et interculturalité
Membre de la Commission fédérale des migrations, CFM

Article paru dans Le Temps le 18 mars 2026

Question kurde : la paix « à la turca »

Question kurde : la paix « à la turca »

OPINION. La Turquie continuant de peser sur la Syrie pour empêcher tout pas dans sa Constitution vers une décentralisation qui pourrait être favorable aux Kurdes, il est temps que des acteurs internationaux s’impliquent, écrit Ihsan Kurt, spécialiste de la Turquie.

Les négociations entre le gouvernement turc et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) avance au rythme hésitant du Mehter : deux pas en avant, un pas en arrière, à l’image d’une marche militaire ottomane. Selon plusieurs médias kurdes, les pourparlers annoncés en février par le leader du PKK Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999, nourrissent malgré tout un certain espoir. Mais les faits témoignent à la fois d’un réel manque de volonté politique du gouvernement d’Erdogan et, un an après la chute du régime d’Assad en Syrie, de la pression croissante qu’exerce le « modèle » turc imposé par Ankara et Damas sur les Kurdes.

En effet, côté turc, la posture reste la même : déni de la question kurde, exigence de soumission et pression pour dissoudre les forces kurdes du Rojava, région de facto autonome depuis douze ans au nord de la Syrie. Les échanges s’effectuent entre Öcalan, considéré comme le principal négociateur depuis sa cellule de l’île d’Imrali, et Devlet Bahçeli, chef du MHP (Parti d’action nationaliste), allié du président Erdogan. Ankara veut imposer sa « solution » aux Kurdes de Syrie: intégrer toutes leurs organisations dans un État syrien unitaire, dirigé par le gouvernement de transition d’Ahmed al-Charaa, ancien chef de l’organisation Hayat Tahrir al-Cham, autrefois affiliée à Al-Qaïda.

La Turquie nie la réalité

Car un État syrien décentralisé avec une autonomie kurde servirait d’exemple pour les 20 millions de Kurdes de Turquie, toujours privés de droits culturels et politiques. Une perspective insupportable pour Ankara. C’est pourquoi, après le retrait du PKK du Kurdistan turc, le pouvoir turc exige la dissolution complète de l’organisation, y compris en Syrie. La demande a évidemment été rejetée par le PYD, Parti d’union démocratique, l’organisation principale des Kurdes, regroupant aussi certaines minorités.

Un autre objectif non avoué du régime turc est interne: obtenir un quatrième mandat présidentiel pour Erdogan en 2027 en s’appuyant sur l’électorat kurde (12–15 %). Ankara veut ainsi «le beurre et l’argent du beurre»: discuter de la libération d’Öcalan, utiliser ses alliés islamistes en Syrie pour pousser le PYD, proche du PKK, à la négociation, mais sans reconnaître les droits culturels des Kurdes en Turquie. Et surtout : éviter la reconnaissance de l’autonomie du Rojava dans la future constituons syrienne, qui pourrait inspirer les Kurdes de Turquie.

Une stratégie dilatoire, sans véritable formalisation d’un processus de paix. D’abord, Selahattin Demirtaş, ancien coprésident du HDP (Parti démocratique des peuples, pro-kurde), emprisonné depuis neuf ans, a été de nouveau condamné à sept ans de prison, alors même que la Cour européenne des droits de l’homme a confirmé, le 3 novembre dernier, la violation de ses droits et demandé sa libération.

Par ailleurs, la visite à Cizre (Kurdistan turc) du leader kurde irakien, Massoud Barzani, a déclenché la fureur des nationalistes turcs, notamment parce qu’il était escorté par des agents de sécurité de la Région du Kurdistan d’Irak arborant ses drapeaux.

Enfin, plusieurs députés et élus locaux kurdes sont toujours emprisonnés tandis que les défenseurs des droits humains réclament leur libération et leur réintégration.

Ces faits démontrent que la Turquie ne cherche pas réellement à dépasser l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente: une guerre qui, depuis 1984, a fait plus de 50 000 morts, détruit des milliers de villages, provoqué l’exode de plus de trois millions de personnes dont 100’000 en Suisse et favorisé des coups d’État militaires tout en ruinant l’économie.

Même l’appellation du processus politique ne fait pas consensus : pour Ankara, il s’agit d’établir « une Turquie débarrassée du terrorisme », alors que les Kurdes parlent de « processus de paix et de démocratisation ». La vision officielle réduit ainsi cinquante ans de conflit au seul « terrorisme », occultant la discrimination, l’assimilation forcée et la répression.

Or, une paix durable repose sur la reconnaissance des faits, des causes du conflit et sur la réorganisation du système politique – comme au Rwanda, au Sri Lanka ou en Irlande du Nord. À l’inverse, les accords sans reconnaissance, comme au Yémen ou en Afghanistan, n’ont produit qu’illusions.

Médiation et garantie internationale

Au final, dans une conjoncture marquée par de profondes transformations auxquelles monarchies et régimes autoritaires s’opposent, les Kurdes, comme d’autres minorités opprimées depuis la 1ère Guerre mondiale, se tournent aujourd’hui vers le soutien du monde libre et démocratique. Il apparaît désormais que, pour se défendre, leurs « seules alliées ne sont plus leurs montagnes », ni la Kalachnikov, devenue dérisoire face aux drones. L’aspiration des Kurdes est simple : mettre fin à la violence et instaurer la paix, sans renoncer à leur identité et à leur culture.

Cependant, un véritable processus de paix ne saurait être mené par la seule Turquie et le PKK. En effet, il est clair qu’Erdogan n’a pas un véritable projet de résolution du conflit et qu’il cherche à instrumentaliser Öcalan pour gagner du temps et éviter tout rapprochement entre les Kurdes et l’Alliance internationale anti Daech. Plus d’un siècle après le redécoupage du Moyen-Orient, les États concernés par la question kurde n’ont toujours pas atteint les standards de la démocratie contemporaine. C’est pourquoi cette question dépasse largement les acteurs locaux : elle s’inscrit dans un cadre international qui exige la médiation d’intervenants extérieurs impartiaux. C’est la seule voie réaliste vers la démocratie et une paix durable dans une région convoitée pour ses vastes réserves de pétrole, de gaz et d’eau et marquée par une croissance démographique soutenue.

Président d’AFKIV

Paru dans Le Temps du 0201.2026